(English version below)

Je ne sais quasiment rien de ta vie d’avant. 

Avant que tu n’entres dans ma vie, un jour de juin 2016.

Tout ce que je sais, je le sais via l’association qui t’avait secouru, toi, ta mère et ton frère. 

Ta mère, elle vivait dans les parages des Andelys, en Normandie, à l’ombre de Chateau-Gaillard. Je ne sais rien de ton pedigree mais on m’a souvent demandé si ta grande taille, par rapport aux autres chats, était dûe à tes parents, peut-être un ancêtre maine-coon. L’association avait récupéré ta famille, stérilisé ta mère et placé la portée en famille d’accueil.

Je n’ai jamais su ce qu’était devenu ta mère. 

Je sais que ton frère a été adopté lui aussi, quelque part en Normandie. 

Peut-être vit-il encore aujourd’hui. Peut-être que parfois il se rappelle de toi, dans ses rêves, de ce carton humide où vous avez vu le jour dans une impasse. De votre premier biberon, de la première fois où vous avez entendu votre nouveau nom. 

Quand je t’ai adopté, tu vivais avec ton frère et un chien aveugle. 

Je suis venu te chercher un jour de juin 2016, dans une tour d’Asnières. J’avais vu l’annonce sur un site intitulé “seconde chance”. Pourquoi toi ? Pourquoi te choisir, toi parmi des dizaines de chatons ? 

J’aimais ton museau, ce bout de noir sur le côté gauche. J’aimais tes très grandes oreilles par rapport à ta tête. Et ton regard très curieux, plein de malice.  Sur une des photos, tu émerges d’un petit couloir en tissu, tu regardes la personne qui prend la photo, tu ne comprends pas. 

Je me souviens de tout le trajet en taxi. Tu n’as cessé de hurler dans ta cage. Par la suite, tu n’as jamais aimé les voyages en voitures. Le train ne te dérangeait pas, l’avion non plus, le métro aussi, et encore, il ne fallait pas que ça dure plus d’une heure. 

Mais la voiture, c’était non, tu y mettais ton véto.

Tu n’étais qu’une boule de poil quand tu es arrivé chez moi, quand j’ai ouvert la porte de ta cage. 

Tu as fait le tour de ton nouvel appartement. Tu as peut-être cherché machinalement l’odeur de ton frère, et celle du chien, mais aucun n’était là. Tu étais tout seul maintenant. Alors, au bout de quelques minutes, tu es monté sur un petit pouf vert et tu es endormi. Tu étais si fatigué par le trajet en voiture. Tu étais si fragile. Tu avais été à peine sevré. 

Je me souviens, ce soir-là, je suis sorti pour aller donner la nouvelle autour de moi.

“J’ai adopté un petit chat !”.

Je ne suis pas parti depuis longtemps, peut-être une heure. Quand je suis revenu, tu n’étais plus sur ton pouf mais dans un petit coin de l’appartement. Tu attendais. Peut-être t’étais-tu réveillé et tu avais eu peur. Pardonne moi de t’avoir laissé seul à ce moment. 

Cette première nuit, tu n’as pas dormi avec moi. 

D’ailleurs, tu as fait comme toutes les premières nuits que nous avons passées ensuite dans des endroits que tu ne connaissais pas. Tu dormais dans un coin. 

Tu es venu dormir avec moi la deuxième nuit, puis la troisième. Parfois tu dormais enroulé dans mon pantalon, juste en bas du lit c’était ton endroit préféré. 

Puis vers cinq heures, tu venais te coller à moi, comme une écharpe.

Il y a quelques jours, presque dix ans après cette première nuit, tu es parti. 

Et je repense à cette première nuit, à cette heure où je t’ai laissé tout seul. Peut-être que tu as eu peur quand tu as ouvert les yeux dans cet immense appartement. Je n’étais plus là. Tu as peut-être eu peur. J’aurai dû être là. 

Aujourd’hui la peine est immense, elle ne fait que commencer. 

La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était à Noël dernier. 

Tu es venu te coller à mes jambes, tu me reconnaissais très bien même si depuis un an et demi, tu étais “en vacances” à la campagne et tu te plaisais beaucoup au milieu des bois.

Un soir, je t’ai serré dans mes bras sans savoir qu’il s’agissait de la toute dernière fois. Peut-être, si je l’avais su, je t’aurais serré plus fort, plus longtemps, je t’aurais dit que je t’aime très fort et que plus d’une fois tu m’as sauvé la vie. 

Hier matin, nous t’avons enterré près des serres de jardin où tu aimais venir chasser les souris et renifler les pieds de tomates. Avec ton harnais que tu portais tout le temps et une peluche de poisson qui était ton doudou. 

Restent les souvenirs. 

Merci. 

About a cat

I know almost nothing of your life before. Before you entered mine, one day in June 2016. Everything I know, I learned through the association that rescued you, your mother, and your brother. Your mother lived around Les Andelys, in Normandy, in the shadow of Château-Gaillard. I know nothing of your pedigree, but people often asked if your large size, compared to other cats, was due to your parents—perhaps a Maine Coon ancestor. The association had taken in your family, spayed your mother, and placed the litter in a foster home.

I never found out what became of your mother. I know your brother was adopted too, somewhere in Normandy. Perhaps he is still alive today. Perhaps he sometimes remembers you in his dreams, that damp cardboard box in a dead-end street where you first saw the light of day. Your first feeding bottle, the first time you heard your new name.

When I adopted you, you were living with your brother and a blind dog. I came to get you one day in June 2016, in a high-rise in Asnières. I had seen the ad on a site called « Seconde Chance. » Why you? Why choose you out of dozens of kittens? I loved your muzzle, that bit of black on the left side. I loved your ears, so large for your head. And your curious gaze, full of mischief. In one of the photos, you are emerging from a small fabric tunnel, looking at the person taking the picture, not quite understanding.

I remember the whole taxi ride. You didn’t stop screaming in your carrier. After that, you never liked car rides. You didn’t mind the train, nor the plane, nor the metro, though that couldn’t last more than an hour. But the car? That was a firm « no »; you put your foot down.

You were just a ball of fur when you arrived at my place, when I opened the door of your carrier. You explored your new apartment. Perhaps you instinctively looked for the scent of your brother and the dog, but neither was there. You were all alone now. So, after a few minutes, you climbed onto a little green ottoman and fell asleep. You were so tired from the car ride. You were so fragile. You had barely been weaned.

I remember, that evening, I went out to share the news with those around me. « I adopted a kitten! » I wasn’t gone long, maybe an hour. When I returned, you were no longer on your ottoman but tucked away in a corner of the apartment. You were waiting. Perhaps you had woken up and been afraid. Forgive me for leaving you alone at that moment.

That first night, you didn’t sleep with me.

In fact, you did what you always did during our first nights in unfamiliar places: you slept in a corner. You came to sleep with me the second night, then the third. Sometimes you slept curled up in my trousers at the foot of the bed; that was your favorite spot. Then, around five in the morning, you would come and snuggle against me like a scarf.

A few days ago, almost ten years after that first night, you left, forever.

And I keep thinking back to that first night, to that hour when I left you all alone. Maybe you were scared when you opened your eyes in that huge apartment. I wasn’t there anymore. You might have been afraid. I should have been there.

Today the grief is immense, and it is only just beginning.

The last time we saw each other was last Christmas. You came to rub against my legs; you recognized me perfectly, even though for a year and a half you had been « on holiday » in the countryside, enjoying yourself in the middle of the woods. One evening, I held you in my arms, not knowing it would be the very last time. Perhaps, if I had known, I would have held you tighter, longer. I would have told you that I love you so much, and that more than once, you saved my life.

Yesterday morning, we buried you near the garden greenhouses where you loved to hunt mice and sniff the tomato plants. With the harness you wore all the time and a plush fish that was your favorite toy.

The memories remain. Thank you.

citation du mois

« C’est exactement ce que je voulais faire »

~ L’auteur, après avoir fait l’exact contraire de ce qu’il voulait faire